L’Etat aura besoin de plus de 60 milliards de FCFA, pour la seule année 2019, pour honorer ses engagements vis-à-vis de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), dans le cadre du Protocole d’accord. Mais, avec un déficit de plus de 300 milliards de FCFA dans le budget, comment et par quel mécanisme pourrait-il mobiliser ce fonds?

L’UNTM a levé son mot d’ordre de grève, suite à un accord arraché au Gouvernement et au Patronat malien, le mardi 29 janvier dernier. Les parties prenantes ont convenu un accord sur 11 points de revendication. Le seul point où il n’y a pas eu, pour le moment d’accord définitif, est relatif à la situation des partants volontaires à la retraite, des compressés…
Pour le respect de ses engagements, l’État doit mobiliser, seulement pour cette année 2019, plus de 60 milliards de FCFA.
Un responsable du ministère du Travail, de la fonction publique et de relations avec les Institutions répartit comme suit cet engagement : plus de 9 milliards FCFA pour la prise en charge de l’augmentation de l’âge à la retraite ; plus de 13 milliards pour la grille salariale ; plus de 15 milliards pour le recrutement massif.
Il y a aussi l’engagement de l’Etat de plus de 17 milliards de FCFA pour la relance du trafic ferroviaire au plus tard fin août prochain et la prise en charge des arriérés de salaires des cheminots.
Il n’y a pas que ces points, car la réduction du prix de certains produits alimentaires comme le riz, la viande va également nécessiter un effort financier de la part de l’Etat, nous a indiqué une autre source dudit département. A ce stade, il est difficile d’évaluer ce montant avec exactitude, a-t-elle souligné.
Malgré la tension de trésorerie dans le pays, le ministre porte-parole du gouvernement, Amadou KOITA, lors de son point de presse hebdomadaire, a assuré que l’Etat respectera tous ses engagements sans donner plus de détails.
Alors avec un budget déficitaire de plus de 300 milliards FCFA, à quoi l’Etat va-t-il recourir pour mobiliser de plus de 60 milliards de FCFA cette année en vue de faire face à ses engagements ? De l’avis de plusieurs économistes, le Gouvernement a plusieurs solutions alternatives, comme réduire davantage le train de vie de l’État.
Fasséry DOUMBIA, gestionnaire et expert en audit, pense que l’État peut prendre des mesures pour « diminuer les charges de fonctionnement des Institutions de la République ». Selon lui, les mesures d’austérité déjà annoncées par le Premier ministre peuvent être élargies à d’autres départements. Ces structures coûtent cher à l’État, a-t-il soutenu.
Outre ces mesures, l’État peut aussi améliorer le niveau de mobilisation des recettes fiscales, douanières et domaniales qui sont en deçà des objectifs.
Enfin, le Gouvernement peut créer les conditions favorables pour booster l’économie. Cela aura également une incidence sur la mobilisation des recettes, a-t-il expliqué.
De son côté, Youssouf SISSOKO doute de la capacité du Gouvernement à obtenir ces fonds à partir notamment des recettes fiscales internes. L’insécurité a gagné une grande partie du territoire où l’administration fiscale est absente. Cette situation, a commenté M. SISSOKO, donne peu de chance à l’État de satisfaire ses engagements financiers à l’égard de l’UNTM. « Il y a beaucoup de localités qui échappent depuis 2012 à l’impôt et autres taxes fiscales. Dans cette condition, il sera très difficile de mobiliser autant d’argent en un laps de temps », a soutenu M. SISSOKO. Donc, affirme-t-il « Les recettes fiscales du pays ne reposent que sur une partie du territoire national. » Ces poches non recouvrées représentent un gap financier estimé à des milliards de FCFA par an. Face à l’urgence de la mise en œuvre de l’accord conclu entre l’État et l’UNTM, il pense que l’alternative la plus sûre serait pour le Gouvernement de se tourner vers des partenaires techniques et financiers. Auprès ceux-ci, il peut s’endetter comme à son habitude, a indiqué Youssouf SISSOKO.

Source: Info-Matin